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  • Note du traducteur
  • PRÉFACE
  • AVANT-PROPOS À LA TROISIÈME ÉDITION DE « VISAGES DE L'ISLAM »
  • À propos de cette édition
  • Quelques opinions sur la 1ʳᵉ édition de VISAGES DE L'ISLAM
  • PRÉFACE À LA PREMIÈRE ÉDITION
  • AVANT-PROPOS À LA SECONDE ÉDITION
  • CHAPITRE I
    • Coup d'œil sur le monde de l'Islam
  • CHAPITRE II
    • Aperçu de la doctrine de l'Islam
  • CHAPITRE III
    • L'expansion de l'Islam
  • CHAPITRE IV
    • Rapports de l'Orient musulman avec l'Occident chrétien
  • CHAPITRE V
    • Débuts de la civilisation musulmane
  • CHAPITRE VI
    • L'Apogée de la civilisation musulmane
    • Le khalifat abbasside de Bagdad
    • Al-Andalus
  • CHAPITRE VII
    • L'apport de la civilisation musulmane aux sciences
    • École de Bagdad
    • Astronomie
    • Mathématiques
    • Physique et chimie
    • Sciences naturelles — Médecine
    • Géographie
    • Histoire
    • Sciences politiques et sociologie
    • Le Droit
  • CHAPITRE VIII
    • L'apport de la civilisation musulmane à la Philosophie
    • Les Mu'tazilites ou rationalistes de l'Islam
    • Les Mûtekallimines ou orthodoxes de l'Islam
    • Les Philosophes
    • Ibn Sînâ (Avicenne)
    • Ibn Rûchd
    • L'imam Ghazâli
  • CHAPITRE IX
    • Les voies de pénétration de la civilisation musulmane en Occident
  • CHAPITRE X
    • La poésie arabe
  • Al-Mûtanabbi
  • Al-Maarri
  • Poésie lyrique
  • CHAPITRE XI
    • La poésie persane
    • Firdûsi : le Paradisiaque
    • Omar Khayyam
    • La poésie mystique persane
    • Sâdi
    • Djelal ed-Dîne Rûmi
    • Nizâmi
    • Hâfiz
  • CHAPITRE XII
    • La littérature turque
    • Newa'i
    • Fûzûli
  • CHAPITRE XIII
    • Aperçu de l'art musulman
    • La Musique
  • CHAPITRE XIV
    • Grandeur et servitude des Etats issus de l'Empire de l'Islam
  • CHAPITRE XV
    • Les causes de la décadence de la civilisation musulmane
  • CHAPITRE XVI
    • Mouvement de rénovation
  • CHAPITRE XVII
    • Les Pays de l'Islam après la Deuxième Guerre Mondiale
  • CHAPITRE XVIII
    • Conclusion
  • INDEX DES NOMS
  • TABLE DES MATIÈRES
    • CHAPITRE PREMIER
    • CHAPITRE II
    • CHAPITRE III
    • CHAPITRE IV
    • CHAPITRE V
    • CHAPITRE VI
    • CHAPITRE VII
    • CHAPITRE VIII
    • CHAPITRE IX
    • CHAPITRE X
    • CHAPITRE XI
    • CHAPITRE XII
    • CHAPITRE XIII
    • CHAPITRE XIV
    • CHAPITRE XV
    • CHAPITRE XVI
    • CHAPITRE XVII
    • CHAPITRE XVIII
  • L'IDÉE DE LA MÉTHODE DES SCIENCES

CHAPITRE II

Aperçu de la doctrine de l'Islam

Si tel est l'Islam, ne sommes-nous pas tous Musulmans ? (Gœthe).

Quelle est donc cette religion qui, treize siècles et demi après son apparition, continue d'exercer une telle emprise sur des centaines de millions d'êtres humains et détermine leur attitude dans la vie publique et la vie privée ?

Rarement religion fut aussi méconnue et dénaturée que l'Islam ; rarement préjugés aussi grotesques et calomnies aussi éhontées ont trouvé autant de crédit auprès du grand public européen, que ceux qui ont été répandus sur Mahomet✻ et son enseignement.

Le souvenir confus des luttes que l'Occident chrétien a soutenues contre l'Orient musulman a entaché et entache encore les jugements sur l'Islam.

Que de fables insensées courent sur le Prophète, que de mythes absurdes sur l'intolérance et le fanatisme musulmans sont acceptés comme des dogmes indiscutables.

Quelques écrivains célèbres et arabisants de mérite avaient essayé, il est vrai, de rendre justice à l'Islam.

Leurs tentatives n'ont pas eu beaucoup de succès. La grande masse des lecteurs continue d'ignorer à peu près tout de la personne du Prophète, de sa religion et de la brillante civilisation qui exerça une si large influence sur la civilisation occidentale.

Qu'il nous soit donc permis de citer une page de Lamartine sur le Prophète, en guise d'introduction à cet aperçu rapide de la doctrine de l'Islam.

« Jamais, dit le grand poète, homme ne se proposa, volontairement ou involontairement, un but plus sublime, puisque ce but était surhumain : saper les superstitions interposées entre la créature et le Créateur, rendre Dieu à l'homme et l'homme à Dieu, restaurer l'idée rationnelle et sainte de la divinité dans ce chaos de dieux matériels et défigurés de l'idolâtrie. Jamais homme n'accomplit en moins de temps une si immense et durable révolution dans le monde, puisque moins de deux siècles après sa prédication, l'Islamisme, prêché et armé, régnait sur les trois Arabies, conquérait à l'Unité de Dieu la Perse, le Khorassan, la Transoxiane, l'Inde occidentale, la Syrie, l'Égypte, l'Éthiopie, tout le continent connu de l'Afrique septentrionale, plusieurs îles de la Méditerranée, l'Espagne et une partie de la Gaule.

» Si la grandeur du dessein, la petitesse des moyens, l'immensité du résultat sont les trois mesures du génie de l'homme, qui osera comparer humainement un grand homme de l'histoire moderne à Mahomet ? Les plus fameux n'ont remué que des armes, des lois, des empires ; ils n'ont fondé, quand ils ont fondé quelque chose, que des puissances matérielles, écroulées souvent avant eux. Celui-là a remué des armées, des législations, des empires, des peuples, des dynasties, des millions d'hommes sur un tiers du globe habité ; mais il a remué, de plus, des idées, des croyances, des âmes. Il a fondé sur un livre, dont chaque lettre est devenue loi, une nationalité spirituelle qui englobe des peuples de toutes les langues et de toutes races, et il a imprimé, pour caractère indélébile de cette nationalité musulmane, la haine des faux dieux et la passion du Dieu un et immatériel. Philosophe, orateur, apôtre, législateur, guerrier, conquérant d'idées, restaurateur de dogmes rationnels, d'un culte sans images, fondateur de vingt empires terrestres et d'un empire spirituel, voilà Mahomet. À toutes les échelles où l'on mesure la grandeur humaine, quel homme fut plus grand. »✻

Il serait téméraire d'essayer d'ajouter quoi que ce soit à ce portrait du Prophète, tracé par Lamartine.

Pour la meilleure compréhension de l'Islam, il est néanmoins nécessaire, tout en rendant l'hommage dû à la grandeur du messager de la religion musulmane, d'insister sur la place relativement modeste que tient la personne du Prophète dans la doctrine de l'Islam.

Simple mortel, Mohammad n'a jamais prétendu à un rôle autre que celui d'annonciateur du Verbe Divin.

« Je ne suis pas un innovateur parmi les Apôtres ; je ne fais que suivre ce qui m'a été révélé ; je ne suis qu'un avertisseur sincère », dit le Prophète. (Coran XLVI, 8).

Jamais il n'a cherché à passer pour un saint ni à paraître sans péché. Un verset du Coran s'adresse à Mohammad dans les termes suivants : « Que Dieu te pardonne tes péchés anciens et récents et le rend parfaite Sa Grâce en toi et qu'il te guide sur la voie droite. » (Coran XLVIII, 2).

Tandis que les prophètes d'Israël courbaient les peuples sous le poids de leurs miracles, Mohammad, lui, ne s'est jamais abaissé à la thaumaturgie ; son seul miracle fut le Coran.

Il est tout à fait inexact d'appeler, comme le fait la terminologie courante, les adeptes de l'Islam d'après le nom du Prophète. Les termes « mahométans », « Mohammedaner », etc., ne devraient être employés et créent une confusion qui dénature l'essence même de l'Islam.

L'impropriété de l'expression relève de la substance même des deux religions.

La base du Christianisme réside essentiellement dans le fait de l'Incarnation et de la Rédemption. La religion chrétienne est fondée sur la personne même de Dieu-Homme, perpétuée par l'Eucharistie et le Corps Mystique. Le Christ fait partie du Principe Divin, dont il revêt un aspect trinitaire.

Le terme de « chrétien » est donc justifié ; il est vrai que l'essence religieuse du Christianisme s'est liée à un fait historique. Il en est tout autrement de l'Islam. Mahomet n'est ni le Verbe, ni le Nouveau Testament, ni le Messie. Pour les Musulmans, c'est le Christ qui est la Parole de Dieu. Le Prophète n'est qu'un simple messager.

Dans l'Islam, le Principe Divin est indivisible et transcendant. L'idée de Dieu individualisé, de Dieu incarné est contraire à la conception rigide du monothéisme musulman.

Le rôle du Prophète n'est que celui d'un intermédiaire, élu parmi les mortels pour transmettre à l'humanité le Verbe Divin.

Pour le Chrétien, c'est le Christ, vivant dans l'Eucharistie, qui est le Verbe Divin, et non le Coran.

Pour le Musulman, c'est le Coran qui est la Parole de Dieu. Le Prophète n'est qu'un simple messager.

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L'Islam appartient au groupe des religions révélées. Monothéiste, comme le Judaïsme et le Christianisme, il conçoit l'Univers comme une création volontaire d'un Être absolu, incréé.

Le Dieu d'Abraham, de Moïse, de Jésus et de Mohammad est Un. Il se révèle comme Personne distincte du monde créé.

Cette conception de la Divinité est en opposition avec la perspective métaphysique des religions de l'Asie : l'Hindouisme, le Bouddhisme, le Taoïsme. Pour celles-ci l'Univers est l'émanation d'un Principe suprême. Une volonté personnelle n'a pas présidé à sa création. Dieu et l'Univers forment la Réalité primordiale non manifestée.

Impersonnelle dans son essence transcendante, cette Réalité prend une forme personnelle dans certaines de ses manifestations immanentes.

Les fondements religieux de l'Islam sont le Coran et la Sûnna. C'est sur eux que reposent la théologie et le droit musulmans.

Le Coran est le livre sacré des Musulmans. Il contient tous les principes religieux de l'Islam et dicte sa théologie. C'est le fondement du code civil et politique qui règle la vie sociale et le statut personnel des croyants. Le Coran a le même caractère législatif que l'Ancien Testament.

La Sûnna, qui signifie littéralement la voie, le chemin, est l'ensemble des actes, des décisions et des paroles du Prophète. C'est la loi traditionnelle de l'Islam. Elle s'applique aux cas qui ne sont pas expressément prévus et sanctionnés par le Coran. La Sûnna explique le Coran et l'éclaircit. Le Dr Ahmad Ibn Hanbal, fondateur de l'une des quatre écoles juridiques de l'Islam, a dit : « Mais toutes les dispositions prophétiques ne déterminent une obligation définitive quelconque qu'à la condition qu'elles revêtent le caractère d'une révélation expresse ou implicite »✻. « Ô Croyants, répondez à l'appel de Dieu, ainsi qu'à celui de Son Messager, quand celui-ci vous appelle à l'œuvre qui procure la vie à Vos âmes » (Coran, VIII, 24).

La Sûnna s'exprime elle-même : « Si je Vous commande quelque chose de mon propre chef, je ne suis qu'un mortel, mais lorsque je Vous rapporte quelque chose de Dieu, retenez-le, car je ne saurai mentir sur le compte de Dieu » (Muslim Sahih, K. Fadaïl B. 37).

La Sûnna s'exprime dans les Hadiths. Ce sont des récits concernant les actes et les paroles du Prophète, rapportés par des témoins véridiques. Il y en a plusieurs recueils.

Selon les croyances musulmanes, la révélation du Coran fut faite à Mohammad dans la nuit sacrée d'al-Qadr. En cette nuit, ce furent fixées les destinées des hommes, et le Prophète reçut la révélation de la Parole Divine, éternelle et incréée.

Il répandit la « bonne nouvelle » et l'avertissement par fragments et à des intervalles divers.

Les détracteurs de l'Islam relèvent le caractère « opportuniste » du livre sacré de l'Islam. Ils lui reprochent d'avoir réglé à la mesure des nécessités du moment, s'adaptant aux besoins et aux intérêts de l'Islam. Ils insistent sur un certain désordre et sur les répétitions du Coran.

Il serait équitable de reconnaître que de telles critiques ont été adressées aux autres livres sacrés, qui ont précédé le Coran et, eux aussi, ont été rédigés et publiés longtemps après la prédication de leurs messagers.

Ces critiques s'adressent plutôt à ceux qui ont la tâche redoutable de recueillir et de systématiser les traditions orales.

En effet, les révélations du Prophète furent souvent écrites sur le premier objet venu. Beaucoup de sentences prophétiques sont conservées uniquement dans la mémoire de ceux qui les avaient entendues et furent enregistrées plus tard.

La rédaction officielle du Coran est de plusieurs années postérieure à Mohammad. Elle ne fut établie et adoptée qu'en 651, sous le Khalife Osman, troisième successeur du Prophète.

Une commission, présidée par Zeid, fils de Thabit, un des premiers compagnons de Mohammad, son secrétaire et successivement secrétaire des trois premiers khalifes, fut chargée de réunir et de contrôler les textes épars et d'en arrêter une édition définitive.

Dès que cette tâche fut accomplie, on brûla les autres textes afin d'éviter des discussions stériles et peut-être dangereuses.

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Troisième et dernière religion monothéiste, l'Islam se situe dans la tradition abrahamique, à la suite du Judaïsme et du Christianisme.

Plus d'une fois, Mohammad a déclaré qu'il n'était pas venu fonder une religion nouvelle, mais qu'il prouvait et propageait en langue arabe la religion d'Abraham, de Moïse et de Jésus.

« Rien ne t'est dit, Mohammad, qui n'ait été dit aux Apôtres qui t'ont précédé. » (Coran, XLI, 43).

« En Dieu a institué pour vous une religion qu'Il avait établie pour Noé. C'est celle que Nous t'avons révélée et que nous avons recommandée pour Abraham, pour Moïse et pour Jésus. » (Coran, XLII, 11).

« Sur les pas d'autres prophètes, nous avons envoyé Jésus, fils de Marie, pour confirmer le Pentateuque ; nous lui avons donné l'Évangile, qui contient aussi la direction et l'avertissement pour ceux qui craignent Dieu. » (Coran, V, 50).

Ce qui distingue l'Islam et lui assure une place particulière dans la lignée des religions monothéistes, c'est son refus impérieux de consentir à la moindre concession à la pureté de sa doctrine unitaire. « At-Tawhid ». « Dieu est un — Dieu se suffit — Il n'a pas engendré — Il n'a pas

été engendré — Et personne n'est égal à Lui, » (Coran CXII) dit le Coran.

Être transcendant, insondable, inconnaissable, indivisible, Dieu est au-delà de tout ce que l'homme puisse concevoir, « Rien ne Lui est comparable » (Coran, LVII, 11).

Tous les beaux noms lui sont applicables, sans pouvoir définir son essence. La démarcation entre Dieu, Principe Éternel et Immuable, et le monde des changements et de multiplicités est si nettement tranchée dans l'Islam que toute idée susceptible de conduire l'esprit à la confusion entre l'Absolu et le contingent, entre le Transcendant et le tangible, est impitoyablement écartée par la foi musulmane.

De ces prémices spirituelles découlent les similitudes et les divergences de l'Islam avec le Judaïsme et le Christianisme, auxquels il reproche d'avoir dévié de l'enseignement authentique de Moïse et du Christ.

Certes, le monothéisme rigide du Judaïsme est très proche de l'Islam. L'appel solennel : « Écoute Israël ! L'Éternel est notre Dieu, L'Éternel est Un », pourrait être adressé aux Musulmans. Mais le Dieu « clément et miséricordieux » de l'Islam n'est pas le Dieu exclusif et jaloux d'Israël qui sépare son peuple des autres peuples par une multitude d'observances et d'interdictions destinées à préserver la pureté de la race élue.

Le Dieu de l'Islam est universel. Sa sollicitude illimitée s'étend à toutes les créatures, à toutes les nations. Il ne connaît pas de favoris. Sa bonté est aussi large que sa justice. Tous les hommes sont égaux devant Lui, sans distinction de race ou de couleur.

« Ô vous hommes ! En vérité, Nous vous avons créés d'un mâle et d'une femelle… En vérité, le plus honorable parmi vous devant Dieu est le plus pieux d'entre vous. » (Coran, XLIX, 13).

« Tous les hommes sont égaux entre eux, comme les dents du peigne du tisserand ; pas de supériorité du blanc sur le noir, ni de l'Arabe sur le non-Arabe » proclame un hadith célèbre.

L'Islam se sépare aussi du monothéisme hébreu dans son attitude à l'égard du problème de l'Au-delà. Avec le Christianisme, l'Islam croit à la fin du monde et de la résurrection, à l'immortalité de l'âme et à la rétribution du bien et du mal au jour du Jugement.

Pour lui, comme pour le Christianisme, la vie terrestre n'est qu'une étape, une préparation à la vie éternelle d'outre-tombe.

On sait que l'eschatologie juive est toute différente. Centrée sur la vie terrestre, donnant une place à la transfiguration par la venue du Messie, l'orthodoxie juive esquive le problème de la survie. Elle n'apporte à ses fidèles aucun dogme relatif au devenir de l'Au-delà. Chacun est libre de

le concevoir selon son propre entendement. On ne trouve aucune allusion à la vie après la mort dans l'Ancien Testament. Les rémunérations promises à ceux qui suivent les Commandements et les peines destinées à ceux qui contreviennent sont d'ordre temporel. Elles ne visent que les richesses et les grandeurs terrestres.

Le Nouveau Testament baigne dans une atmosphère morale très différente. Toutes les espérances évangéliques sont placées dans la vie de l'au-delà. « N'aimez pas le monde, ni les choses qui sont dans le monde… La promesse qu'Il nous a faites, c'est la vie éternelle », dit l'apôtre. (Jean, 1ʳᵉ Épître, II, 15, 25).

La doctrine islamique se situe entre la thèse juive, rivée à la terre, et l'antithèse chrétienne, qui se détourne du monde et n'envisage de bonheur que dans le ciel.

Certes la sanction divine, selon l'Islam, est avant tout d'ordre spirituel et moral. L'ordre matériel n'y tient qu'une place tout à fait secondaire. Aussi bien, tout le long du Coran, est-il conseillé de ne pas s'attacher aux biens terrestres. « Dieu procurera une issue à celui qui obéit ; Il pourvoira à ses biens par des voies auxquelles il ne s'attend pas. » (Coran, LXV, 2-3).

Mais la vie n'est pas pour le Musulman ni le « monde maudit », ni la « vallée de larmes ». Création de l'Éternel, la terre, avec tout ce qui se trouve sur elle, avec tout ce qui se trouve dans la mer et dans les airs, est mise à la disposition de l'homme. (Coran, XLV, 13).

Tout en établissant une échelle de valeurs et en mettant en évidence l'infériorité des choses d'ici-bas, le Coran ne prêche nulle part le renoncement austère à la vie. Certes, il y a une balance à tenir entre les aspirations élevées de l'âme et les besoins corporels. Mais toute trace ascétique dans l'Islam est exclue. L'idéal qu'on revient à l'Islam est ordonné selon la loi universelle de l'Unité. Il n'y a pas pour l'Islam de séparation entre le spirituel et le temporel ; le sacré et le profane se confondent.

La loi, la morale, les institutions sociales, comme les moindres actes de la vie quotidienne doivent être sacralisés. Tout se fait au nom de Dieu, clément et miséricordieux, « Bismillahi rahmani rahim ».

Toute tentative de disjoindre le temporel du spirituel et d'instaurer un régime de dualité est un attentat sacrilège au principe éternel de l'unité.

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C'est avec le Christianisme que l'Islam présente le plus d'analogies, analogies souvent frappantes. Certains dogmes et les bases métaphysiques de la morale des deux religions se confondent.

L'Islam affirme la mission divine de Jésus et le caractère inspiré du Nouveau Testament. Se séparant en cela du Judaïsme, il admet la pureté de la Vierge et de l'Immaculée Conception. L'Islam partage entièrement les croyances chrétiennes sur l'immortalité de l'âme, sur le Jugement dernier, la résurrection des morts, l'existence du Paradis et de l'Enfer.

Le Coran ne diffère guère de l'orthodoxie chrétienne quand il proclame que Jésus est le Verbe et l'Esprit de Dieu, descendu dans le sein de la Vierge Marie.

« Certes, le Messie Jésus, fils de Marie, est l'Apôtre de Dieu et Sa Parole qu'Il a mise en Marie, et un Esprit provenant de Lui. Croyez donc en Dieu et en Ses Apôtres. » (Coran, IV, 169).

Comme dans le Christianisme, une très grande place est attribuée, dans l'Islam, à l'amour du prochain et à la bonté.

« Dieu récompensera au centuple la bonté. Il ira jusqu'à pardonner les quatre-vingt-dix-neuvièmes. En vertu du centième, laissé à la terre, les êtres sont animés d'un sentiment d'amour, et le cheval écarte son sabot de l'enfant de crainte de le blesser. » (Hadith).

Une foi sans amour n'est qu'une foi morte, aussi bien pour l'Islam que pour le Christianisme.

« Aimez-vous les uns les autres dans l'âme de Dieu, proclame le Prophète. » (Hadith).

Dans l'âme de Dieu, car l'amour humain est un reflet de l'amour divin. « Il les aime et ils L'aiment ».

L'amour prêché par l'Islam s'étend à tous les êtres vivants, aux animaux aussi bien qu'aux hommes. Seuls les animaux nuisibles peuvent être combattus. Tous les autres doivent être traités avec bienveillance.

On sait de quelles sollicitudes jouit le chat dans les pays musulmans. Voici l'explication de cette faveur, d'après la tradition. Un chat s'était endormi sur le manteau du Prophète. Pour ne pas indisposer le dormeur, Mohammad préféra couper un morceau de son vêtement.

N'est-ce pas là un récit qu'on dirait tiré de la vie de Saint François d'Assise ?

Du Christianisme, par contre, l'Islam n'accepte ni la divinité du Christ, ni le dogme de la Trinité, ni celui du péché originel. Il refuse également les dogmes d'Incarnation et de Rédemption.

« Le Messie, fils de Marie, n'était qu'un apôtre. Il y a eu d'autres apôtres avant Lui. Sa mère était sincère et droite. Marie et Jésus étaient des êtres humains. » (Coran, V, 79).

La stricte doctrine de l'Unité interdit aux Musulmans d'accepter le dogme de la Sainte-Trinité. « Ô vous, peuple du Livre, ne dépassez pas la mesure dans votre religion et ne dites sur Dieu que la vérité. Dieu n'est qu'un seul Dieu. Gloire à Lui. Comment aurait-il un fils ? C'est à Lui qu'appartient ce qui est dans les cieux et ce qui est sur terre. Dieu suffit comme Patron. » (Coran, IV, 169). Dans la croyance en Dieu unique en trois personnes, l'Islam voit une contradiction interne, que toutes les subtilités théologiques et les interprétations ésotériques ne réussiront à concilier. La substitution de la notion de mystère à une explication intelligible n'est pas convaincante pour le Musulman. Lorsqu'il fait un rapprochement entre le Christianisme et les autres croyances, avec des dogmes de la religion égyptienne, par exemple, laquelle comporte, elle aussi, une triade d'Ammon-Râ, le père, et la déesse Isis et le dieu fils Khnos, le Musulman pense à une déviation polythéiste.

En ce qui concerne le péché originel, la position de l'Islam est très nette. De nombreux versets, le Coran affirme avec force le principe de la responsabilité personnelle. « Celui qui commet un acte coupable ne le commet qu'à son détriment » (Coran, IV, 3) ; « Celui qui suit la lumière agit à son propre avantage ; celui qui s'égare dans les ténèbres ne le fait qu'à sa perte ; nul ne portera le fardeau d'autrui ». (Coran, CXVII, 5).

La notion du péché originel et de la Rédemption, par le sacrifice de Dieu incarné, heurte la conscience musulmane sur le plan métaphysique aussi bien que sur le plan logique.

L'idée de Dieu se faisant homme est contraire à sa conception de la transcendance divine. Le Musulman refuse la tentation d'unir le divin et l'humain dans une seule réalité. Il y voit la survivance du mythe antique de la mythologie grecque que dans la religion égyptienne.

Le rachat du genre humain rendu responsable du péché d'Adam, ancêtre lointain, par le sacrifice d'un Innocent lui paraît être incompatible aussi bien avec la justice divine qu'avec la justice humaine.

En comparant le Christianisme et l'Islam, Gustave Le Bon a pu dire : « Quand on réduit le Coran à ses dogmes principaux, on retrouve que l'Islam peut être considéré comme une forme simplifiée du Christianisme.

» Il en diffère cependant sur les points, et notamment sur un point fondamental : son monothéisme absolu. Son Dieu unique est au-dessus des choses sans aucun entourage de saints ou de personnages quelconques dont la vénération s'impose. L'Islamisme peut revendiquer l'honneur

d'avoir été la première religion qui ait introduit le monothéisme pur dans le monde »✻.

C'est de ce monothéisme radical et intransigeant que dérive la pureté doctrinale de l'Islam, l'ordonnance architecturale de sa conception de l'univers, sa simplicité séduisante.

Extrêmement facile à comprendre, l'Islam ne présente à ses fidèles aucun mystère, aucune contradiction. Rien dans l'enseignement du Prophète ne rebute l'entendement humain, rien ne heurte le bon sens commun. L'idéalisme le plus élevé est allié au réalisme le plus positif.

Un Dieu unique, un Dieu juste et bienveillant à adorer, quelques préceptes simples et faciles à observer : la purification par les ablutions fréquentes, la prière quotidienne à heures fixes, l'aumône, le jeûne au mois de Ramadan, et le pèlerinage à la Mecque. Le Paradis comme récompense pour les méritants ; l'Enfer comme châtiment pour les pervers.

La profession de foi, nette et claire, tient en trois lignes : « in extremis », elle peut être réduite à la simple formule : « Il n'y a d'autre Dieu que Dieu et Mahomet est son Prophète. »

Pas de sacerdoce, pas d'organisation ecclésiastique. Chaque Musulman est son propre prêtre, chacun a le droit de présider à la prière.

Pas d'intermédiaire entre Dieu et l'homme, pas d'intercesseurs✻.

« Vous n'avez pas de patron ni d'intercesseur à côté de lui (Dieu). » (Coran, XXXII, 3).

Seuls, comptent la foi sincère et les œuvres du croyant.

Mais les actes ne valent que par leurs intentions.

« Ce n'est pas piété que de tourner son visage du côté du Levant ou du Couchant. Pieux est celui qui croit en Dieu et au jour dernier, aux anges, aux Écritures, aux prophètes, qui pour l'amour de Dieu, donne de son avoir à son prochain, aux orphelins, aux pauvres, aux voyageurs et à ceux qui demandent, sait racheter les captifs, observe la prière, fait l'aumône rituelle, tient ses engagements, et patient dans l'adversité et en temps de violence. » (Coran, II, 179).

« La chair et le sang des victimes ne montent pas jusqu'à Dieu, mais votre piété monte vers Lui. » (Coran, XXII, 38).

Le Coran n'impose pas au croyant des devoirs qui pourraient dépasser ses forces. Le Prophète n'approuve ni la vie monastique ni les macérations ; il déconseille les dures pénitences comme tous les excès quels qu'ils soient.

Les malades, les voyageurs ne sont pas tenus d'observer strictement le culte.

« Il (Dieu) sait qu'il y a parmi vous des malades, que d'autres parcourent la terre à la recherche de la Grâce de Dieu, d'autres combattent dans le sentier de Dieu. Lisez donc ce qui est facile dans le Coran et levez-vous pour la prière ; donnez l'aumône… » (Coran, LXXIII, 20).

Le culte du Seigneur ne doit pas être un fardeau, mais un apaisement de l'âme, une joie spirituelle.

La tradition rapporte qu'un jour on demanda au Prophète pourquoi il souriait en priant. Il répondit : « Vous voyez sur mon visage le signe de la joie qui est en moi lorsque je prie. »

✦

La prédication musulmane fit une réalité vivante de l'abstraction plus ou moins vague et lointaine qu'avait été l'idée monothéiste en Arabie. Jamais homme ne ressentit la présence de Dieu avec autant de force et de certitude, ne fit sa soumission à la volonté divine avec autant d'abnégation. Jamais religion ne s'empara si complètement de la personne du croyant, n'exerça sur lui une emprise aussi décisive.

En effet, les cas d'abjuration sont tout à fait exceptionnels dans l'Islam.

« Lorsque les Arabes d'Espagne furent vaincus par les Chrétiens, ils préférèrent la mort à l'abandon total de l'être humain à Dieu n'est pas le sentiment profond du Musulman zélé, » dit le savant Gardet✻.

D'un tel « théocentrisme » et de l'abandon total de l'être humain à Dieu est né le sentiment profond chez le cœur de tout Musulman zélé, « non d'une excellence personnelle, mais de l'excellence de cet état de croyant où Dieu l'a placé… excellence terrestre et assurance des biens du Paradis. Ces deux éléments se mêlent intimement au cœur du croyant, et pour l'autre, fait sa dignité et fait sa force. Il puisera là le titre qui le frappante en tout Musulman zélé, quelle que soit sa condition sociale, mendiant ou calife »✻.

Il en résulte cette sérénité d'âme, qui n'est pas toujours celle de l'humanité chrétienne, attristée par l'idée du péché originel.

Cette acceptation tranquille des vicissitudes de la vie, et de la mort elle-même, est un des traits les plus caractéristiques de l'attitude morale du vrai Musulman.

Certes, l'homme selon l'Islam est « nu et sans défense » devant Dieu et sa confrontation solitaire avec son Créateur, en dehors de toute médiation, de toute intercession ne manque pas de grandeur émouvante. Le croyant sait que Dieu est « plus proche de lui que son artère jugulaire », qu'il est sévère l'emporte sur sa rigueur. « Sa clémence l'emporte sur sa rigueur ».

Devant le Créateur, le croyant est donc plein d'humilité mais aussi de confiance. Il le sait ami de la création.

« Ô mon Dieu, dit le Prophète, c'est en Toi que je me réfugie de ma faiblesse, de mon insuffisance, Ô Toi le plus Miséricordieux, Le Souverain des faibles, Tu es mon Seigneur. À quel autre pourrais-je m'adresser ? Si Tu n'es pas contre moi, je ne crains plus le reste ? » (Hadith).

On a cherché à discréditer cette quiétude d'esprit musulmane en invoquant le soi-disant « fatalisme de l'Islam ».

Ce reproche paraît peu fondé. Sans s'arrêter sur le fait que le déterminisme scientifique, qu'il faut bien se garder de désigner la même chose, est à la base des recherches des savants modernes, on peut avancer que le Coran et certainement plus fataliste que les textes sacrés des deux autres religions monothéistes.

L'idée du « fatalisme » s'affirme tel que tient au libre arbitre militent tous les témoignages de l'Écriture. Ces témoignages sont innombrables, en ce qui concerne, l'Écriture toute entière.

D'ailleurs, ce fameux fatalisme musulman, qui est demeuré un lieu commun, on ne trouve pas dans le Coran aux fondements aussi absolus qu'on le croit couramment.

Goethe a, dans ses Conversations de Goethe avec Eckermann, une belle page sur cette question.

« Goethe dit à Eckermann : « Ils assurent leurs jeunes gens dans cette conviction, qu'il n'y a un principe de leur religion, qu'il ne peut rien arriver à l'homme qui ne soit déjà décidé depuis longtemps par un Dieu tout-puissant. Ils sont ainsi armés et apaisés pour toute leur vie.

» Je ne te chercherai pas tout ce qu'il peut y avoir de vrai ou de faux, d'utile ou de nuisible dans cet enseignement, mais il y a, au fond, quelque chose de cette croyance en chacun de nous, même si elle nous est nécessaire de nous l'enseigner. La balle qui ne porte pas mon nom ne m'atteindra pas, dit le

soldat dans la bataille ; et comment saurait-il garder courage et bonne humeur sans cette confiance qui l'accompagne dans les plus grands dangers ?

» L'enseignement de la foi chrétienne : Aucun moineau ne tombe du nid sans la volonté de votre Père, est de la même source et suppose une Providence qui voit tout et qui ne laisse rien arriver contre sa volonté et sans son autorisation. »

Il nous semble que Goethe a situé le problème dans son vrai plan et lui a donné sa juste interprétation.

✦

Au fait, quelle est la position de l'Islam devant le problème du libre arbitre ?

Ce problème, l'un des plus ardus qui se soient posés à l'entendement humain, préoccupa beaucoup les théologiens et les philosophes musulmans. Il provoqua d'âpres discussions entre les différents courants de la pensée islamique. Nous aurons l'occasion d'en reparler dans le chapitre consacré à la philosophie musulmane.

Ici nous tâcherons de résumer brièvement les fondements métaphysiques de la liberté selon l'Islam.

La doctrine musulmane traite de la liberté en fonction des rapports de l'homme à Dieu. Elle chercha et trouva les fondements métaphysiques dans le pacte primordial qui marque, dès les débuts de l'humanité, lia la créature à son Créateur.

Il est dit dans le Coran qu'au jour de la création, Dieu proposa la foi libre aux montagnes et aux anges. Mais les montagnes furent saisies de tremblements et se reculèrent devant le poids de la responsabilité offerte, car la liberté porte comme une corollaire la tentation de la rébellion, comprend la faculté d'opter ou contre Dieu. Les anges, en effet, pures créatures de lumière, dont la vocation est la glorification de Dieu, se récusèrent aussi. Seul Adam, à qui Dieu donna la vision autonome de la nature des êtres et des choses, ce don sublime du Créateur et, dans la plénitude de sa liberté, fit son choix et reconnut esclave de Dieu.

Ainsi, dès l'aube de la Création, l'homme se trouve engagé envers Dieu par un pacte solennel d'allégeance qui l'oblige à une soumission totale à la volonté divine. Cette servitude n'est ni morne résignation, ni obéissance passive. L'esclavage métaphysique ainsi accepté en lui sa récompense. Il est la cause de l'absolue liberté terrestre de l'homme. Esclave de Dieu seul, il échappe à toutes les servitudes à l'égard des êtres et des choses.

C'est là l'origine de l'éminente dignité de l'homme qui lui valut d'être placé au-dessus de toute la création et d'être sacré vicaire de Dieu sur la terre.

C'est là aussi l'origine des autres libertés qui lui furent octroyées par le Créateur.

« Pour que l'homme puisse persister dans l'accomplissement de ses devoirs envers son divin Maître, Dieu lui conféra ensuite le droit de disposer de lui-même, comme bon lui semble, et le droit d'user, comme bon lui semble, des choses du monde extérieur. »✻

Lorsqu'on fait abstraction de ses origines, la liberté se réduit finalement à la faculté de choix que nous possédons, sur le plan spirituel, d'accepter les lois qui conditionnent notre vie extérieure et intérieure, ou de les refuser. Le refus, c'est la révolte de Lucifer. L'acceptation, c'est la voie de l'Islam.

Sur cette faculté de choix indispensable aux défenseurs de la liberté et du libre arbitre, les Mû'tazilites, dont il sera question plus loin. L'homme, affirment-ils, est libre, puisque Dieu nous a ordonné de promouvoir le Bien et d'écarter le Mal. En accordant à l'homme le don insigne de la raison pour discerner le Bien et le Mal, Dieu lui donna en même temps, la liberté de « faire ou de ne pas faire ».

De toute façon, aucune absolue s'en suit-elle nécessairement ?

« Son indépendance absolue s'en suit-elle nécessairement ? Si de l'aucune créature n'a de pouvoir contraignant sur elle, faut-il conclure que l'Auteur même de la nature reste étranger à son activité ? Le problème métaphysique de la prédestination reste entier. »✻

Le problème a donné naissance à toute une littérature théologique et continue encore à fournir sujet à discussions. La croyance à la prédestination fait, sans doute, partie du dogme musulman, mais elle n'exclut pas le principe du libre choix des actions et de la responsabilité qu'implique ce choix. Le terme « prédestination » est interprété par l'orthodoxie musulmane dans le sens de prescience divine. Il n'implique pas l'action vouloir et l'intervention de Dieu dans toutes les actions humaines.

« Dieu a créé d'après un plan établi toutes les énergies de l'Univers, y compris notre faculté de vouloir ; Il sait d'avance comment chacune d'elles

va fonctionner et quels sont les événements qui vont se produire, mais il n'est pas dit, si, oui ou non, Dieu intervient dans le fonctionnement de toutes ces actions une fois mises en marche.

» C'est dans ce second sens seulement qu'on peut dire que toute la pensée arabe, à de quelques exceptions près, est prédestinationiste », remarque le cheikh Draz✻.

✦

Il manquerait un trait essentiel à cet aperçu rapide de la doctrine musulmane si nous ne mentionnions, ne fût-ce qu'en quelques mots, le côté social de l'Islam.

Ici encore, la position de l'Islam est intermédiaire entre celles, irrémédiablement opposées, du Judaïsme et du Christianisme.

Le Christianisme primitif, on le sait, se désintéressa volontairement de ce « monde maudit ». Rendant à César ce qui est à César, il ne se préoccupa que de ce qui est dû à Dieu.

« Mon royaume n'est pas de ce monde », avait dit le Christ (Jean, 18 ; 36).

Cette parole détermina la conception chrétienne du salut, qui est affaire purement individuelle. Un Chrétien peut se réaliser éternellement dans une île isolée. Les ascètes, les anachorètes crurent trouver les conditions les meilleures pour le salut de l'âme dans la solitude du désert.

Une telle attitude spirituelle porte en elle le détachement du social et du politique, qui apparaissent comme secondaires, pour ne pas dire contraires à l'essentiel, qui est la préparation à la vie éternelle d'outre-tombe. Dès lors, l'action des Chrétiens sur le social porta sur la propagation de la foi, l'édification morale et l'activité charitable plutôt que sur la refonte de structure de la société et l'activité de l'État. Ce fut ainsi à l'aube de la Chrétienté.

Le Christianisme historique connut la tentative de soumettre le temporel au spirituel. Le Moyen Âge fut marqué par la lutte de la Papauté contre l'Empire. Cette lutte fut parfois des formes dramatiques et troubla douloureusement la conscience de la Chrétienté.

Les efforts de l'Église pour édifier la « Nation Chrétienne » sous l'égide du Saint-Siège ne furent pas couronnés de succès. L'idée de l'unité politique du monde chrétien, n'ayant pas trouvé de fondements doctrinaux suffisants, le désir de la Papauté d'établir sa suprématie politique parut

excessive à une grande partie de la Chrétienté. Les royaumes nationaux sortirent vainqueurs du conflit.

La question se pose de savoir si le dualisme doctrinal qui pesa sur le Christianisme tout au long de son histoire et qui l'empêcha de concilier l'individuel et le social n'est pas à la cause d'une certaine déchristianisation de l'Europe.

On peut se demander aussi à quel point la distinction essentielle du spirituel et du temporel fut à l'origine de la séparation des pouvoirs qui est à la base de la conception moderne de l'État. Cette doctrine qui depuis Montesquieu fut considérée comme une grande acquisition du progrès social et politique se trouve battue en brèche par les États totalitaires de nos jours.

À l'opposé du Christianisme, le Judaïsme, religion sociale par excellence, est impensable en dehors de la collectivité.

Entité fermée, le « peuple élu » a été appelé à une fonction sacerdotale dans un monde transfiguré par la venue du Messie. En attendant, un Juif ne se réalise pas individuellement en tant qu'israélite détaché de sa communauté. « Il ne devient Juif que dans la mesure où il assume au sein de sa communauté sa part de vocation historique au milieu des nations. Israël n'a pas de vocation historique hors du monde, mais à l'intention d'Israël pour instaurer le règne de Dieu dans ce monde. »✻

À mi-distance entre les deux thèses si diamétralement opposées, l'Islam se présente comme une religion vouée à réaliser l'harmonie entre le spirituel et le temporel, dont il affirme l'unité primordiale en Dieu.

Le Coran donne une conception précise de la cité musulmane et de sa vie sociale. L'homme est inséparable de la collectivité, à laquelle il est fraternellement lié par une tension commune vers le Centre des centres qui est Dieu.

C'est du Créateur de l'homme et de l'univers qu'émanent toutes les lois qui régissent le cosmos et l'Humanité.

L'unité du monde de l'Islam est un commandement impératif de l'Islam. « Ô, vous les croyants, soyez un peuple uni, comme un édifice bien étayé ». « Nous avons fait de vous une communauté unitaire », proclame le Coran. La communauté islamique n'est pas seulement une union des croyants dans le temporel, elle est le corps spirituel du croyant. Allah est toujours là présent jamais être manqué. « Mon peuple ne sera l'objet de la volonté de Dieu », dit le Prophète. Un autre hadith affirme : « Perpétuellement, jusqu'à ce que la volonté de Dieu intervienne (pour changer l'ordre des choses), il y aura un groupe de

communauté qui ne cessera de manifester solennellement la vérité, sans que l'opposition de ses adversaires lui soit nuisible. »

La volonté divine a fait du consensus de la communauté musulmane, Idjma, le critère du bien et du mal et l'ordre de Dieu se manifeste ainsi par la voix unanime de la collectivité. C'est dans ce rôle éminent attribué par l'Islam à la communauté des croyants que se trouvent les fondements spirituels de l'Idjma en tant que troisième source du Droit musulman, après le Coran et la Sûnna.

✦

Le recours à l'Idjma, de plus en plus utilisé avec l'extension de l'Islam, avait amené la communauté musulmane à poser le droit à l'interprétation du Coran. L'opinion prévalut au début que les grands juristes, fondateurs des quatre écoles de droit musulman, l'ère de l'interprétation était close. Décision qui, de l'avis de la critique occidentale et de beaucoup de musulmans, contribua grandement à la stagnation du droit musulman et à la stérilité de la pensée créatrice qui caractérisa les derniers siècles de la civilisation musulmane.

Les controverses, qui étaient toujours aiguës à ce sujet, se ranimèrent de nos jours avec la naissance de nouveaux États musulmans. Les discussions sont particulièrement vives au Pakistan et en Indonésie. Nous aurons l'occasion d'en parler dans le chapitre consacré à la situation des pays musulmans après la deuxième guerre mondiale.

La position des traditionalistes s'oppose à la réouverture de l'interprétation est fondée sur la crainte de scissions et de désordres moraux susceptibles de provoquer dans le monde spirituellement uni de l'Islam.

Dans une religion qui ne connaît pas de conciles, ni aucune autorité suprême habilitée à veiller sur l'intangibilité de la doctrine, une telle crainte s'explique aisément.

Si, malgré la dispersion extrême des peuples musulmans, malgré leur assujettissement durable aux États occidentaux, l'Islam a pu conserver son unité spirituelle, sa cohésion morale, il le doit à la rigueur dogmatique et théologique, qui fit l'œuvre des ulémas et de ses savants. C'est un fait difficilement contestable, mais il est aussi indéniable que la rigidité de l'attitude conservatrice de ces mêmes théologiens empêche aujourd'hui l'adaptation du monde de l'Islam aux conditions de la vie moderne.

En perpétuant la lettre des textes, tirées de la parole et de la pratique du Prophète, mais selon l'entendement d'une époque révolue, ils entravent le développement de la civilisation musulmane dans les voies de

l'Islam. En persévérant dans leur attitude figée, les tenants de l'immobilité risquent de rejeter hors de l'Islam les forces vivantes de la communauté.

Les divers courants libéraux, loin de réclamer une révision de la doctrine, demandent simplement le retour à la pureté initiale de la religion. Ne s'agit pour eux ni d'un essai de synthèse encore moins de syncrétisme. L'Islam, religion révélée, vrai et juste pour tous les temps, valable pour tous les temps et pour toutes les générations. Toute tentative humaine d'y apporter un correctif, un changement quelconque ne peut que l'adapter aux conditions changeantes du temporel, est un sacrilège. Mais sa vérité est une et éternelle, la Parole divine incarnée dans le Coran intangible, ne change pas avec les temps. Ses facultés intellectuelles se développent, sa raison s'élargit, sa compréhension s'aiguise. Le Coran n'a pas la vérité révélé en un système philosophique figé pour toujours dans sa structure, mais comme une règle de vie mouvante. L'interprétation du Livre sacré doit être faite en fonction des progrès de la capacité d'entendement de l'homme.

Pour chaque génération convient une nouvelle interprétation approfondie, disent-ils en s'appuyant sur un hadith.

✦

Parmi les multiples préjugés dont l'Islam fut et continue d'être l'objet, il en est un particulièrement tenace et aussi particulièrement injuste. C'est le reproche de fanatisme et d'intolérance. Dans le chapitre suivant, en parlant de l'expansion de l'Islam et de la civilisation musulmane, nous aurons l'occasion de traiter cette question au point de vue historique.

Qu'il suffise d'affirmer ici, une fois, dans le Coran, et dans la doctrine musulmane, ne justifie la réputation que les détracteurs de la religion musulmane ont forgée de toutes pièces.

C'est un devoir d'équité élémentaire que de la reconnaître.

Si l'Islam se montra d'une sévérité incontestable envers les païens et les idolâtres, il fait preuve par contre d'une très grande mansuétude envers les « peuples du Livre ».

S'il y a une chose dans le Coran où ne souffre aucune dénégation, c'est précisément l'esprit de tolérance la plus bienveillante à l'égard du Judaïsme et des Chrétiens, et envers les Chrétiens. L'enseignement du Prophète en est pénétré de l'un à l'autre.

« Dites : Nous croyons aux Livres qui nous ont été envoyés, ainsi qu'à ceux qui vous ont été envoyés ; Notre Dieu et le vôtre sont un, et nous nous résignons entièrement à Sa volonté. » (Coran, XXIX, 45).

D'autres versets confirment cette attitude.

« Parmi les Juifs et les Chrétiens, il y en a qui croient en Dieu et aux livres envoyés à vous et à eux, qui s'humilient devant Dieu et ne vendent point Ses enseignements pour un vil prix. Ils trouveront leur récompense. » (Coran, III, 198-199).

Ces versets contiennent aussi nettement que possible la position de l'Islam à l'égard des religions révélées.

Voici deux exemples qui illustrent comment l'esprit de tolérance musulman se traduisait en faits du vivant du Prophète.

Des Arabes païens de Médine avaient confié leurs enfants à la tribu juive des Beni Nazir. Après l'installation de Mohammad à Médine et la conversion des païens, ceux-ci voulurent reprendre les enfants restés pour leur faire embrasser l'Islam. Le Prophète s'y opposa. C'est à cette occasion que fut révélé le sublime verset « Point de contrainte en religion. La vraie route se distingue clairement de l'erreur. » (Coran, 11, 257).

L'autre exemple est des Chrétiens. Il s'agit de l'Édit promulgué par le Prophète, le 2 Mûharram de l'an 11 de l'Hégire (1ᵉʳ août 623). Ce document nous a été conservé. Voici sa teneur : « J'ai écrit cet édit en forme d'ordre pour mon peuple, et pour ceux qui se trouvent dans la Chrétienté, à l'Est et à l'Ouest, près ou loin, jeunes et vieux, connus et inconnus. Celui qui ne se conforme pas à l'édit ne suit pas mes ordres agit contre la volonté de Dieu et mérite d'être maudit quel qu'il soit, sultan ou simplement Musulman. Quand un prêtre ou un ermite se retire dans une montagne ou dans une grotte, ou dans la plaine, le désert, à la ville, au village ou à l'église, je me tiens derrière lui en personne avec tous ses amis, et je le défends contre tout ennemi. Ses prêtres sont mes sujets. Je m'abstiendrai de leur faire aucun mal. Il est défendu de chasser un évêque de son évêché, un prêtre de son église, un ermite de son ermitage. Aucun objet ne doit être détourné de leurs églises ou pour la construction d'une mosquée ou des demeures des Musulmans. Quand une chrétienne a des relations avec un musulman, celui-ci doit la bien traiter, lui permettre de prier dans son église, sans que rien constitue obstacle entre elle et sa religion. Si quelqu'un agit contrairement, il est considéré comme ennemi de Dieu et de son Prophète. Les Musulmans doivent se conformer à ces règles jusqu'à la fin du monde ».

Tout commentaire ne saurait que ternir l'éclat de ce document.

Certes, au cours des siècles, les relations entre Chrétiens et Musulmans ont été envenimées à volonté.

Les raisons de cet état de choses, résultant de la déformation volontaire ou involontaire, des doctrines religieuses, mais surtout des raisons d'ordre politique et économique, provoquèrent les Croisades.

Elles faussèrent le cours de l'histoire de l'Europe et de l'Orient. Un abîme, difficile à combler, fut creusé entre la chrétienté et le monde de l'Islam. Une rupture de la civilisation méditerranéenne en résulta.

Il sied de reconnaître que ni le Christianisme, ni l'Islam, ne sont responsables de ce forfait contre l'unité de l'esprit méditerranéen. Il fut l'œuvre des hommes et des circonstances, nullement celle de l'enseignement de Jésus ou de Mohammad.

✦

Mohammad avait trouvé l'Arabie composée d'une poussière de tribus indépendantes. Hostiles les unes aux autres, elles s'épuisaient dans des guerres fratricides.

Un siècle après, l'Empire de l'Islam, victorieux de Byzance et de la Perse, s'étendait de l'Inde à l'Espagne.

Seuls, l'étonnant exploit de l'armée macédonienne sous la conduite d'Alexandre et l'épopée mongole du XIIIᵉ siècle peuvent être comparés, par l'étendue et la rapidité des conquêtes, à l'expansion arabe.

Mais l'action morale et législative, les conséquences militaires et politiques de la conquête musulmane furent infiniment plus profondes et durables.

Les historiens hostiles à la religion musulmane se sont donnés beaucoup de mal pour prouver que la diffusion rapide et générale de l'Islam en Orient était due uniquement à la force des armes arabes. Selon eux, c'est la contrainte et la violence seules qui auraient assuré la conversion forcée des peuples vaincus.

C'est la thèse classique. Elle fut soutenue, pendant des siècles, par la plupart des écrivains occidentaux et s'est implantée comme un axiome dans l'opinion publique courante.

Pourtant, quelques arabisants et historiens de mérite se sont insurgés de tous temps contre cette théorie par trop simpliste et haineuse.

Un islamologue comme Dom Miguel Asín Palacios, se servant de faits historiques irréfutables, puisant souvent son argumentation dans les écrits mêmes des auteurs dont l'aversion pour l'Islam et le parti-pris paraît aux yeux, arrive à la conclusion que « la force brutale et la guerre n'ont eu qu'un rôle tout à fait secondaire dans l'expansion de l'Islam ».

D'autres historiens, qui se sont penchés avant lui sur la question de l'intolérance musulmane, se sont exprimés en termes plus vigoureux.

« Les Musulmans sont les seuls enthousiastes qui aient uni l'esprit de tolérance avec le zèle du prosélytisme et qui, en prenant les armes pour propager la doctrine de leur prophète, aient permis à ceux qui ne voulaient

pas la recevoir de rester attachés au principe de leur culte », dit Robertson dans son Histoire de Charles-Quint.

« Mahomet défendit de tuer des moines, parce que ce sont des hommes de prière. Quand Omar s'empara de Jérusalem, il ne fit aucun mal aux Chrétiens. Quand les Croisés se rendirent maîtres de la ville sainte, ils massacrèrent les Musulmans et brûlèrent les Juifs », écrit Michaud dans son Histoire des Croisades.

« Il est triste pour les nations chrétiennes, déclare l'abbé Michoud, dans son Voyage religieux en Orient, que la tolérance religieuse, et la grande loi de charité de peuple à peuple, leur ait été enseignée par les Musulmans. »

Gustave Le Bon est encore plus explicite : « … La force ne fut pour rien dans la propagation du Coran, proclame-t-il dans la Civilisation des Arabes, car les Arabes laissèrent toujours les vaincus libres de leur religion. Si les peuples chrétiens se convertirent à la religion de leurs vainqueurs, ce fut parce que les nouveaux conquérants se montrèrent plus équitables pour eux que ne l'avaient été leurs anciens maîtres et parce que leur religion était d'une plus grande simplicité que celle qu'on leur avait enseignée jusqu'alors… Loin de la persuasion, le Coran ne s'est répandu que par la persuasion. Seule, la persuasion a entraîné les peuples qui ont vaincu plus tard les Arabes, comme les Turcs et les Mongols, à l'adopter. Dans l'Inde, où les Arabes n'ont fait, en réalité, que paraître, le Coran s'est tellement répandu qu'il compte aujourd'hui plus de cinquante millions d'adeptes. Leur nombre s'élève maintenant sous*✻ les Anglais comme aujourd'hui les véritables souverains du pays, bien qu'ils y exercent leur action sur tout fait, sous l'aspect inverse, le contraire est arrivé au Christianisme les Musulmans, malgré l'armée de missionnaires modernes destinés à la propagation et de conversion ayant couronné leurs efforts. La diffusion du Coran en Chine n'a pas été moins considérable. Bien que les Arabes n'aient jamais conquis la moindre parcelle du Céleste Empire, les Musulmans n'y forment aujourd'hui une population de plus de vingt millions. »✻

Dans la même ordre d'idées, il faudrait citer l'archipel de la Sonde et les Philippines, où le nombre total des Musulmans est aujourd'hui de 80 millions.

Il est enfin devant nos yeux l'exemple de l'Afrique où, depuis longtemps,

l'Islam ne possédait plus aucune force de coercition. Les progrès de l'Islam y sont pourtant continus. De telle sorte que la conquête du continent tout entier est considérée par certains observateurs comme le fait inéluctable d'un avenir plus ou moins proche.

M. Ed. Montet, qui a particulièrement étudié les progrès de l'Islam dans les colonies et les anciens protectorats français d'Afrique, remarque : « Il résulte des observations que nous avons présentées et des faits que nous avons résumés que l'Islam s'étend et progresse ; on peut même dire que, dans le groupe des religions propagandistes, et cette affirmation est confirmée par le témoignage des missionnaires chrétiens, il occupe la première place. »✻

Et cela malgré l'absence, dans les pays de l'Islam, de tout organe officiel chargé de la diffusion de la religion, comparable à la Congrégation pour la Propagation de la Foi de l'Église Catholique Romaine ou aux multiples sociétés missionnaires des Églises protestantes, dont l'apostolat s'exerce dans tous les recoins du monde, étayé par des budgets qui se chiffrent par millions.

Ces faits sont éloquents. Ils se passent de commentaires. La thèse de la contrainte n'est pas défendable. Contraire à la vérité historique pour les époques de puissance de l'Islam, elle est dépourvue de sens pour les périodes d'émiettement et d'assujettissement des pays musulmans.

Le remarquable succès des débuts de l'Islam est certainement dû à d'autres causes plus profondes et plus humaines à la fois.

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