École de Bagdad
La création à Bagdad, en 830, par le khalife al-Mamûn de la « Baït el-Hikmat » (Maison de la Sagesse) fut l'un des événements les plus marquants du Moyen Âge. On ne saurait exagérer l'importance du rôle que joua cette institution — sorte d'amalgame entre une académie, une bibliothèque et
un bureau de traduction — dans la transmission à l'Occident du legs de la civilisation antique. L'effort principal de cet illustre collège, composé de savants chrétiens, juifs et arabes porta tout d'abord sur les sciences et la philosophie grecques. Les œuvres de Gallien, d'Hippocrate, de Platon, d'Aristote furent traduites. « Ce fut comme une invasion intellectuelle, à laquelle répondit chez les lettrés une ivresse de culture et de savoir… »✻
La « Baït al-Hikmat » fut le berceau de l'école de Bagdad, dont l'influence devait se faire sentir jusqu'à la seconde moitié du XVᵉ siècle. C'est à cette illustre école que revient le mérite insigne d'avoir assuré la continuité de la pensée scientifique en renouant la chaîne brutalement brisée au VIᵉ siècle par la décadence et l'agonie de Rome.
Ce qui caractérise l'école de Bagdad, écrit Sédillot, c'est l'esprit véritablement scientifique qui préside à ses travaux : marcher du connu à l'inconnu, se rendre compte exactement des phénomènes pour remonter ensuite des effets aux causes, n'accepter que ce qui a été démontré par l'expérience, telle est la méthode suivie par les maîtres. Les Arabes du XIᵉ siècle étaient en possession de cette méthode féconde et ont déjà si longtemps après, entre les mains des modernes, l'instrument de leurs plus belles découvertes. »✻
H.A.R. Gibb✻ confirme de nos jours le témoignage porté par Sédillot. Il y a un fait, dit-il : « La concentration de la pensée sur les événements individuels, dit-il disposa les savants musulmans à pousser la méthode expérimentale beaucoup plus loin que leurs prédécesseurs de Grèce et d'Alexandrie… Ils sont à l'origine de l'introduction ou de la restauration de la méthode expérimentale en Europe médiévale. »
Il ne saurait être question, dans un court aperçu comme celui-ci, d'énumérer les apports multiples de l'Islam à la civilisation. Force nous est de nous borner à une évocation rapide de quelques découvertes parmi les plus importantes dues au génie des chercheurs musulmans, et de mentionner quelques noms de savants, de philosophes et d'écrivains qui illustrèrent les sciences et les lettres et exercèrent une influence notable sur la pensée de l'Occident.